
Danica Doble, entraîneuse et créatrice de contenu vivant avec le diabète de type 1 (DT1) depuis 2009, s’est récemment jointe à Percée DT1 Canada à titre d’ambassadrice sur les médias sociaux. Elle s’est entretenue avec l’organisation pour parler de son parcours et expliquer pourquoi elle choisit d’être si ouverte au sujet des défis vécus à l’adolescence avec le DT1 — des expériences qui l’ont menée à devenir entraîneuse et ardente défenseure de la communauté du DT1.
Avertissement sur le contenu : cette entrevue aborde la question des troubles alimentaires.
Que te rappelles‑tu de ton diagnostic de DT1?
Je me souviens d’être une petite fille de sept ans qui vivait tous les symptômes intenses liés à un diagnostic de diabète de type 1. C’était un lundi soir, j’étais à mon entraînement de gymnastique. Juste après, ma mère a reçu un appel du médecin lui disant que je devais me rendre à l’hôpital, car je venais de recevoir un diagnostic de DT1. Pendant cinq jours, j’ai passé huit heures par jour à l’hôpital pendant que mes parents apprenaient absolument tout sur le diabète. En 2009, on ne parlait pas beaucoup du diabète de type 1, donc mes parents ne savaient vraiment pas à quoi s’attendre. Je me souviens d’avoir joué avec tous les jouets disponibles à l’hôpital — heureusement que mes parents étaient attentifs, parce que moi, je ne l’étais pas du tout! Après ces cinq jours, j’ai repris ma vie normale sans vraiment comprendre ce qui m’arrivait, ni pourquoi mes parents devaient me piquer le doigt ou le bras chaque fois que je voulais manger. Mais aussi difficile que cette semaine-là ait été, elle est la raison pour laquelle je suis la personne que je suis aujourd’hui.
Parle‑nous du début de ton parcours en mise en forme, après une adolescence active avec le DT1.
Mon parcours en mise en forme a commencé en 2018. J’étais une ado comme les autres : je faisais du sport, je sortais avec mes amis, j’allais à l’école. Honnêtement, je menais peut‑être une vie trop normale. J’ai négligé ma glycémie durant mes années d’adolescence et je ne me concentrais vraiment pas sur la gestion du diabète. J’ai fait un peu trop la fête par moments et j’ai parfois eu un peu trop de plaisir avec mes amis. Cependant, je ne regrette absolument rien, parce que non seulement j’ai vécu pleinement, mais ça m’a aussi poussée à entreprendre mon parcours en mise en forme.
Même si j’étais très active comme joueuse de soccer compétitive, mon alimentation était quelque chose que je négligeais complètement. Après un voyage en Europe en 2018, je me suis dit que je voulais simplement perdre 5 livres pour me sentir mieux. Rapidement, j’ai découvert le déficit calorique et l’entraînement en force… et j’ai poussé les choses beaucoup trop loin. Les 5 livres sont devenues 50. Pendant cette période, j’avais perdu énormément de poids, je n’avais plus mes menstruations et j’ai développé deux troubles alimentaires. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de devenir la version la plus forte et la plus en santé de moi-même. J’ai repris entre 20 et 30 livres — surtout du muscle — et j’ai appris absolument tout ce que je pouvais sur l’entraînement et la nutrition.
Peux‑tu nous parler de ton double diagnostic et de la façon dont tu gères ton trouble d’hyperphagie boulimique (BED) aujourd’hui?
Mon trouble d’hyperphagie a duré environ deux ans, principalement parce que je mangeais si peu de calories depuis si longtemps. Pendant cette période, je vivais souvent des épisodes où je perdais complètement le contrôle de mon alimentation, et je compensais ces crises par des heures et des heures de cardio le lendemain. C’est un cycle incroyablement vicieux, très difficile à briser. Après mes crises, ma glycémie était extrêmement élevée et prenait des heures — parfois des jours — à redescendre… et le cycle recommençait. Aujourd’hui, je suis fière de dire que je suis
en rémission depuis cinq ans. J’ai recommencé à nourrir mon corps adéquatement en m’assurant de manger suffisamment. J’ai encore des défis avec la suralimentation parfois, mais je ne mange plus jusqu’à me sentir malade, ce qui est, à mes yeux, un énorme progrès.
Comment es‑tu arrivée à une relation neutre avec la nourriture?
Ma relation avec la nourriture a été instable pendant des années, mais aujourd’hui, elle est à son meilleur. Je comprends maintenant qu’il n’y a pas de « bons » ou de « mauvais » aliments : de la nourriture, c’est de la nourriture. Certains aliments sont plus nutritifs, d’autres moins, mais cela ne signifie pas que l’un est meilleur que l’autre. Parfois mon corps veut un morceau de gâteau au chocolat, d’autres fois un bol de fruits. À mon avis, toute nourriture a une utilité — que ce soit pour nourrir ton corps ou pour nourrir ton âme. Les souvenirs comptent autant que le bien‑être physique. J’ai compris que la nourriture fera toujours partie des célébrations et des moments importants de la vie, et quand j’aurai 80 ans, je veux me souvenir des rires partagés autour d’un bon repas — pas de comment j’ai mangé « santé » ou de ce que je me suis empêchée de manger ce jour-là.
En quoi la musculation t’aide‑t‑elle à te sentir plus forte, physiquement et émotionnellement, dans ta gestion du DT1?
L’haltérophilie a fait des merveilles pour moi, non seulement sur le plan physique, mais aussi sur le plan émotionnel. Non seulement ça a eu un impact majeur sur ma glycémie, mais ça m’a aussi aidée dans tellement d’autres aspects de ma vie. L’haltérophilie me donne un sentiment d’autonomie sans pareil, car elle montre que l’on peut faire absolument tout ce que l’on veut dans la vie, même avec le diabète de type 1.
Comment utilises‑tu tes plateformes sociales pour connecter avec la communauté du DT1?
J’ai commencé mes plateformes en 2022 surtout pour parler de mise en forme. Mais après un an, je voulais en faire plus. Je voulais avoir un impact dans la communauté du DT1 et montrer que la vie avec le diabète peut aussi avoir ses aspects positifs. J’ai lancé mon compte sur le diabète de type 1 en partageant du contenu avec lequel les gens pouvaient s’identifier et en mettant en lumière des sujets difficiles. Le compte a rapidement pris de l’ampleur et m’a permis de bâtir une communauté unique! J’ai connecté avec des centaines — sinon des milliers — de personnes, et j’en serai toujours reconnaissante. Je reçois énormément de messages de gens me disant que je les ai aidés… alors qu’en réalité, eux aussi m’ont aidée.
Qu’est‑ce qui t’enthousiasme dans ton partenariat avec Percée DT1 Canada?
Je suis ravie de collaborer avec Percée DT1 Canada en raison de l’impact incroyable de l’organisation sur la communauté du DT1. Je crois qu’il est essentiel d’écouter les histoires et les expériences d’autres personnes vivant avec le DT1, pour que chacun sache qu’il n’est pas seul dans son parcours.
Y a‑t‑il autre chose que tu aimerais partager avec la communauté du DT1 du Canada?
J’aimerais rappeler que même si le diabète peut parfois être vraiment difficile, la perspective change tout. Le diabète de type 1 m’a permis de rencontrer des gens extraordinaires, et il m’a rendue forte, courageuse et puissante!
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